Exposition des Cités Végétales, Saline Royale d’Arc-et-Senans, 2018

 

« Au dernier étage d’un très haut édifice, deux anges dormaient. L’un rêvait qu’il veillait sur le sommeil de son compagnon ; l’autre, en songe, inventait des mondes sans le savoir. » Ce texte du poète mexicain Homero Aridjis m’évoque l’oeuvre de Luc Schuiten, des univers nés du songe parfait d’êtres ailés comme dans les récits dessinés, partagés avec son frère François Schuiten. Inviter Luc Schuiten à la Saline royale c’est renouer le lien avec la longue lignée de rêveurs que Claude Nicolas Ledoux a inspirés. Les rêves de Luc embrassent le monde et redessinent les villes. « L’imagination qui grandit tout peut embellir, je dis plus, changer l’ordre immuable du monde » proclame Ledoux, sans emphase Luc Schuiten, architecte utopiste y travaille. De la cité des habitarbres à vegetal city l’harmonie, en 2100, a gagné la planète. Tournant le dos aux visions post apocalyptiques de la plupart de ses collègues dessinateurs et auteurs d’anticipation, son univers archiborescent est beau, doux et silencieux comme celui de la Cité idéale de Chaux. Mais Luc Schuiten ne fait pas qu’oeuvre d’imagination il construit, bâtit et vit selon ses principes, depuis toujours et ses réalisations sont autant de démonstrations de la pertinence de sa pensée. L’exposition de ses travaux à la Saline et la thématique de ses Cités Végétales, soumise aux étudiants des écoles supérieures du paysage pour le festival des jardins, nous plongent dans l’évidence de lieux où nous aimerions vivre et voyager, de cités en cités, dans le vol silencieux des ornithoplanes.


Hubert Tassy
Directeur général de la Saline royale.